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14/11/2007
Universités : le temps des tribunes

En temps de crise c'est comme ça. Les pages des grands quotidiens servent à envoyer des messages. Moins fiable qu'un courriel à qui on peu réclamer un accusé de réception, avec une tribune, on sait si c'est est parti, on ne s'est pas si c'est bien reçu. Hier Bruno Julliard utilisait les colonnes de Libération pour parler sans doute à la fois aux étudiants et au ministère. Aujourd'hui, ce sont 6 présidents d'universités parisiennes qui signent dans Le Monde une sorte de pétition pour "défendre l'université".
"La rentrée universitaire s’est en effet déroulée, malgré les promesses, dans un contexte budgétaire très difficile pour les établissements et les étudiants, dont le pouvoir d’achat et les conditions de vie continuent à se dégrader pour la sixième année consécutive."
Bruno Julliard, président de l'UNEF
En quelques lignes tout est dit : l'UNEF tente de recentrer la crise sur les problèmes budgétaires que rencontrent de front étudiants et établissements tout en énonçant une vérité statistique. Vérité statistique qui peut sans doute expliquer cette poussée de fièvre, autour d'un texte de loi qui toilette sans révolutionner le fonctionnement des universités. (voir à ce propos les 18 fiches d'analyse de la loi produites par l'Officiel de la Recherche et du Supérieur.). Plus que sur l'abrogation de la loi, il y a fort à parier que c'est sur le terrain des négociations budgétaires et sur celui des aides aux étudiants que l'UNEF voudrait obtenir des résultats.
Les conditions de vie, les présidents d'université parisiennes qui signent la seconde tribune, ne les évoquent pas. A l'instar de Laurent Hénart qui hier à l'assemblée nationale enjoignait Valérie Pécresse d'"opposer des réalités" aux slogans des étudiants, les présidents d'université s'efforcent de convaincre que cette réforme est une chance à ne pas laisser filer. En se situant uniquement sur le terrain de la réponse à la mauvaise foi de quelques étudiants très militants, ils passent sans doute à côté de la réponse aux autres étudiants, les plus nombreux. Ceux qui, de bonne foi, inquiets pour leur avenir et "mal" dans leur vie d'étudiant se mobilisent dans les assemblées générales. Ceux chez qui, certains slogans caricaturaux trouvent de l'écho car le terreau est favorable. Alors n'est-ce pas plutôt une tribune adressée à leur propres enseignants et personnels qui, interpellés par la mobilisation étudiante et la détermination qui semble en émaner, pourraient commencer à douter du bien fondé de la réforme ?
C'est peut-être le signe que le travail d'explication et de présentation de la loi, dans certaines universités a été insuffisemment mené ? E n tout cas, ce n'est pas comme je l'ai entendu ici et là un texte contre les blocages, c'est un texte contre le mot d'ordre de l'aborgation de la LRU. A l'exception de Paris IV qui depuis le début du mouvement a connu quelques occupations ponctuelles, aucune des universités signataires ne connait de blocage des locaux. Ni Paris 1, ni Paris 8, ni Paris 10...ne sont signataires.
Vous voulez lire les tribunes dans leur intégralité ou en connaitre les signataires :
Réformer l’université sans désengager l’Etat
LIBERATION : mardi 13 novembre 2007La mobilisation étudiante prend de l’ampleur dans les universités. Après deux semaines d’assemblées générales massives sur une trentaine de sites universitaires, les étudiants apparaissent plus que jamais déterminés à se faire entendre du gouvernement. La tension sur les universités qui se manifeste aujourd’hui est perceptible depuis plusieurs semaines et ses motifs sont nombreux.
La rentrée universitaire s’est en effet déroulée, malgré les promesses, dans un contexte budgétaire très difficile pour les établissements et les étudiants, dont le pouvoir d’achat et les conditions de vie continuent à se dégrader pour la sixième année consécutive. Le service public d’enseignement supérieur reste le parent pauvre des politiques éducatives : sous-financement chronique, inégalités entre universités délaissées et grandes écoles privilégiées, difficultés d’insertion professionnelle, pression accrue sur les diplômes et les salaires dans un contexte de chômage de masse, sélection des étudiants par l’échec lors des premières années. Comme pendant le mouvement contre le CPE, la jeunesse craint pour son avenir.
Depuis 2006, aucune mesure n’a été prise en faveur des étudiants. Les causes du malaise sont toujours présentes. Les étudiants sont viscéralement attachés à un service public d’enseignement supérieur de qualité, permettant l’accès et la réussite de tous, toutes conditions sociales confondues. Bref, un modèle de service public ou l’Etat joue son rôle en finançant les établissements, en aidant socialement les étudiants et en compensant les inégalités.
Or, par ses choix budgétaires pour 2008, par les priorités politiques qu’il affiche et par la loi sur l’autonomie des universités, le gouvernement a ouvert la porte au désengagement politique et financier de l’Etat. La loi sur l’autonomie des universités cristallise ces inquiétudes liées à la démission de l’Etat.
Cette loi est en effet mauvaise et dangereuse. Mauvaise, car elle n’envisage l’enseignement supérieur que par le prisme déformé des gestionnaires sans s’attaquer aux défis majeurs du système (la réussite et l’accompagnement social des étudiants, l’insertion professionnelle, la place de la recherche).
Dangereuse, parce qu’elle créera plus de problèmes qu’elle n’apportera de solutions en introduisant des reculs en termes de démocratie universitaire, en précarisant un peu plus les personnels et en ouvrant la porte au désengagement de l’Etat par des transferts de compétences que nous refusons. Si cette loi était si irréprochable, le gouvernement ne l’aurait pas fait voter en catimini pendant l’été.
Malgré les concessions obtenues dans le cadre des «concertations» (notamment le retrait de la sélection à l’entrée du master), l’Unef demande que le gouvernement revoie sa copie et apporte des modifications législatives à son texte, en particulier en revenant sur la composition des conseils d’administration pour garantir la place des élus, en limitant les possibilités de recours à des personnels contractuels, en accompagnant financièrement les compétences nouvelles des universités (réhabilitation des bâtiments avant tout transfert) et en supprimant l’obligation de recours à l’orientation active.
Surtout, cette loi s’applique dans un contexte budgétaire difficile. Malgré les engagements du président de la République, le budget 2008 pour l’enseignement supérieur est en trompe-l’œil, affecté essentiellement aux exonérations fiscales aux entreprises dont le montant a triplé ainsi qu’au paiement en retard d’engagements de l’Etat des années précédentes. Pour la première fois depuis de nombreuses années, ce budget ne prévoit aucune création de poste alors que les besoins d’encadrement n’ont jamais été aussi importants.
Cette douche froide est pour beaucoup dans la mobilisation actuelle. L’autonomie des universités s’appliquant dans un contexte de pénurie budgétaire, le gouvernement est le seul responsable de la situation de blocage actuel. Les conditions de la rentrée ont démontré que le «dialogue» que nous avions engagé pendant l’été n’était plus suffisant pour que le gouvernement prenne en compte ces inquiétudes. Les étudiants et l’Unef n’ont dès lors pas d’autre choix que de se mobiliser pour faire revenir le gouvernement à la table des négociations.
Au-delà des revendications portant sur la loi sur l’autonomie, l’Union nationale des étudiants de France demande au gouvernement de programmer les moyens budgétaires sur plusieurs années de l’enseignement supérieur. Les promesses ne suffisent pas à rassurer. Sans cette programmation, la loi sur l’autonomie ne serait que le cache-sexe du désengagement de l’Etat, que les étudiants refusent aujourd’hui. Cette programmation doit en particulier permettre d’agir pour la réussite des étudiants et pour résorber la précarité de leurs conditions de vie.
Le gouvernement semble aujourd’hui ignorer ces attentes et prend le risque d’une amplification du mouvement. Calcul cynique pour décrocher les étudiants de l’opinion ? Calcul dangereux en tout cas, car tourner le dos à la jeunesse ne peut tenir lieu de politique pour l’avenir. Valérie Pécresse doit enfin faire la démonstration qu’elle est bien la «ministre des étudiants» qu’elle prétendait être a son arrivée. Il n’est pas trop tard.
Bruno Julliard président de l’Unef (Union nationale des étudiants de France).
Défendre l'université
LE MONDE | 14.11.07 | 14h08
Au moment où les universités travaillent à redéfinir leurs statuts et leurs modes de fonctionnement pour acquérir un ensemble de compétences nouvelles attendues depuis des années, et qui leur sont données par la loi du 10 août 2007, certains essaient de mobiliser les étudiants pour empêcher toute évolution de notre système d'enseignement supérieur. Leur discours montre qu'ils ignorent en général à peu près tout du fonctionnement réel des universités. Il revient donc aux présidents d'universités et aux équipes qui les entourent, équipes élues par leurs pairs et représentatives de la communauté universitaire, de rétablir la vérité. Comme cela a été rappelé récemment par la Conférence des présidents d'université, ce sont les universités elles-mêmes qui ont demandé à ce que les nouvelles dispositions prévues par la loi LRU (libertés et responsabilités des universités) s'appliquent à l'ensemble des établissements et ne soient pas limitées à un petit nombre d'universités privilégiées.
En engageant cette démarche, les universités ont manifesté clairement leur volonté de garantir la pérennité du service public d'enseignement supérieur et de lui donner les moyens de conforter ses missions de recherche et de formation. En particulier, la possibilité pour les universités de maîtriser la globalité de leur budget, de maîtriser la gestion de leurs locaux constituent à nos yeux des avancées décisives et il serait totalement irresponsable de les remettre en cause aujourd'hui.
Prétendre que la présence de membres extérieurs dans les conseils d'administration, ce qui au demeurant était déjà le cas auparavant, conduit à une soumission de l'université aux intérêts privés, est une contrevérité flagrante. Au contraire, les universités ont absolument besoin du regard extérieur que leur apporteront des représentants des collectivités territoriales et des agents économiques pour progresser dans leur offre de formation et dans leur potentiel de recherche. Les conseils d'administration restent d'ailleurs très majoritairement composés d'élus des personnels et des étudiants.
Prétendre que faciliter l'accès des universités à des soutiens privés va les affaiblir est une autre contrevérité et il suffit pour s'en convaincre de regarder l'avantage que cela apporte à certaines universités étrangères.
La mise en place de l'ensemble des nouvelles dispositions suscite au contraire un élan nouveau dans nos établissements, et la communauté universitaire s'est rapidement mobilisée pour les traduire en perspective de progrès décisifs pour nos étudiants et nos équipes de recherche. Briser cet élan serait une régression dramatique pour nos établissements. Il nous appartient aujourd'hui de le dire et de défendre nos universités et leur avenir contre le danger que ces actions font peser sur nos établissements.
Bernard Bosredon, président de Paris-III-Sorbonne nouvelle ;
Guy Cousineau, président de Paris-VII-Denis-Diderot ;
Jean-Robert Pitte, président de Paris-IV-Sorbonne ;
Jean-Charles Pomerol, président de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie ;
Bruno Varet, administrateur provisoire de Paris-V-René-Descartes ;
Louis Vogel, président de Paris-II-Panthéon-Assas.
19:00
Publié dans enjeux universitaires
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Commentaires
P10 et P8 ne sont pas signataires car, probablement, situées "hors les murs" (comme P12, P13, et P11). Je ne sais pas si le président de Paris 8 aurait signé, d'ailleurs...
P1... je ne sais pas pourquoi. Le président avait peut-être autre chose à faire.
Ecrit par : Baptiste | 14/11/2007
Est-ce seulement une question de périphérique ?
Dans le contexte de tension que nous pouvons connaitre sur certains campus, il n'est peut-être pas opportun pour certains présidents de signer ce genre de tribune ? A moins bien sur, de vouloir souffler sur les braises.
Ecrit par : Manuel | 14/11/2007